Overblog Tous les blogs Top blogs Famille & Enfants
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

genea.familledepouletteetlouloute.overblog.com

Généalogie familiale de mes filles, en Normandie et ailleurs


Une vie rythmée par la religion : naître, une expérience risquée...

La femme mariée doit s'attendre à se retrouver enceinte environ tous les dix à seize mois. Jusqu'au 18ème siècle, elle donne naissance à environ une dizaine d'enfants, main-d'œuvre supplémentaire pour aider aux travaux des champs. Malheureusement, la plupart ne survivent pas ou naissent déjà morts. Le plus souvent, seuls trois ou quatre d'entre eux parviennent jusqu'à l'âge adulte.

Au 18ème siècle, le but premier d'un mariage est de concevoir des enfants. Longtemps, nos aïeuls ont cru que tout dépendait du bon mélange des « semences ». Il était conseillé à l'homme de ne pas se retirer tout de suite après l'accouplement et à la femme de croiser et de joindre les cuisses en les tenant rehaussées un moment, sans parler, ni tousser, ni éternuer... Si l'enfant ne vient pas, la femme peut aller boire de l'eau d'une fontaine miraculeuse. A Montmerrei, les femmes viennent se frotter le ventre contre le dolmen de la Pierre Tournoire (les légendes nous parlent de pierre qui tournait sur elle-même chaque fois que le coq chantait ou qui s'ébranlait tous les ans à la veille de la Saint-Jean). Le mari peut aussi aller chercher une potion chez un rebouteux. On peut également faire un pèlerinage ou manger du poireau. Mais personne ne peut supposer que l'homme soit en cause. Cette stérilité touche environ 10% des couples. La séparation n'est pas possible : un veuvage et un remariage étaient l'unique espoir...

Une vie rythmée par la religion : naître, une expérience risquée...

La légende de la Tour de Bonvouloir :

Le château érigé en 1485 sur la commune de Juvigny-sous-Andaines par Messire Guyon Essirard fut détruit pendant la Révolution. Il reste une curieuse tourelle d'observation effilée, haute de 25 m 50, dite aussi "phare", coiffée d'un toit en cloche et flanquée d'une tour plus massive, ainsi qu’un puits, un pigeonnier et une chapelle du 17è siècle. Selon la légende, le Seigneur Essirard n'arrivait pas à assurer de descendance à sa jeune épouse. Il se serait baigné dans la source chaude des gorges de Villiers en forêt d’Andaines et quelque temps plus tard, il aurait donné un héritier à sa dame. Pour rappeler sa vigueur retrouvée, Messire Guyon Essirard fit édifier, à Juvigny-Sous-Andaines, la tour de Bonvouloir, à la forme étrange. La légende raconte, qu’ensuite, il aurait eu jusqu'à dix enfants.

Une fois enceinte, la femme continue à travailler durement jusqu'à terme et à porter de lourdes charges. Les fausses couches sont de ce fait très fréquentes. On peut en retrouver la trace dans les registres tenus par les prêtres sous les termes d' »accidents » ou de « blessures ».

Par ailleurs, aux 17ème et 18ème siècles, il existe des saisons propices aux naissances : la majorité des conceptions se fait entre avril et juin, en dehors des périodes d'abstinence édictées par le calendrier religieux, d'où une large majorité de naissances et de baptêmes en plein hiver ! La fécondité de la femme au 18ème siècle pourrait être encore plus importante mais elle est limitée par plusieurs facteurs :

- l'âge tardif au mariage réduit d'autant la durée totale de la fécondité féminine

- l'allaitement maternel bloque provisoirement la fertilité chez la majorité des femmes

- la misère augmente la mortalité infantile. Quand un enfant meurt en bas âge, la mère tombe enceinte plus rapidement. Mais la disette, au contraire, peut entraîner une aménorrhée (absence de règles et d'ovulation)

- les infections et blessures au cours de l'accouchement sont souvent mutilantes, voire mortelles

- la courte espérance de vie d'un couple (mort du conjoint) réduit le nombre de naissances possibles.

Une fois enceinte, les mois d'attente commencent et la mère se doit d'être plus prudente pour éviter une naissance monstrueuse : elle doit éviter de regarder quelqu'un qui a un tic de peur de le transmettre à son enfant ; si elle voit un lièvre, elle ne doit pas porter sa main à sa bouche sinon son bébé aurait un bec-de-lièvre ; regarder une étoffe rouge risque de la faire avorter, monter à cheval de faire naître l'enfant avec une joue difforme... Les différentes taches ou envies sont toujours soupçonnées de porter malheur et marcher pieds nus est mauvais pour la transpiration de la femme enceinte dont dépend la lactation. Les futures mères peuvent toujours se protéger avec des amulettes ou des talismans fournis par les sorciers ou mieux par le Curé. Elles peuvent aussi aller boire de l'eau d'une fontaine miraculeuse pour se sentir protégées les mois à venir.

Une vie rythmée par la religion : naître, une expérience risquée...

L'accouchement : une aventure périlleuse

Les dernières heures de la grossesse sont angoissantes pour les femmes car elles savent qu'elles ont 10% de risques de mourir pendant l'accouchement ou dans les heures et jours qui suivent.

Une première naissance présente toujours des dangers, d'autant plus, le croit-on, si c'est une fille. La souffrance doit être acceptée comme la punition du pêché originel. La future mère est accompagnée par les femmes mariées ou veuves de sa famille et par la matrone ou la commère en Normandie : c'est une femme du village, souvent veuve et toujours mère, dont on exige seulement un certificat de moralité délivré par Monsieur le Curé. La seule compétence exigée, c'est qu'elle puisse ondoyer l'enfant, c'est-à-dire le baptiser vite fait en cas d'urgence ou de mort imminente. Les notions d'hygiène ou de médecine sont bien le cadet de leurs soucis. C'est la matrone qui décide de tout, notamment du lieu et de la posture d'accouchement. En cas de naissances multiples, la mère est quasiment condamnée, de même qu'à la moindre complication.

On n'accouche pas dans les hôpitaux laissés aux misérables et aux sans-famille, ou aux campagnardes venues en ville pour accoucher d'un enfant illégitime.

Fixée par la tradition, la posture d'accouchement varie selon les régions : sur le dos, sur une chaise spéciale, assise au bord du lit, debout ou à genoux...En Basse-Normandie, l'accouchement se fait à domicile, souvent devant l'âtre. On accouche debout, dos appuyé contre le bois de lit. Parfois, la femme s'assoit sur une grosse pouche remplie de balles d'avoine. On lui met une poignée de sel dans chaque main afin qu'elle puisse le « freiner », c'est-à-dire le réduire en poudre, quand les douleurs des contractions surviennent. La commère peut tuer une poule pour le bouillon qui servira à réconforter la jeune accouchée. Quelques fagots font une bonne flambée pour réchauffer la mère et le nouveau-né. On peut aussi jeter du gros sel pour les préserver tous deux du mauvais sort.

Le moment le plus périlleux de l'accouchement est le passage de la tête de l'enfant. Parfois la matrone s'aide d'un instrument pour sortir le corps de l'enfant au risque de mutiler la mère à vie et de déchiqueter le bébé. Parmi les instruments utilisés, on retrouve le crochet de la pelle à feu ou celui de la lampe à huile, utilisés sans désinfection. Au moindre faux mouvement, l'instrument peut déchirer le col de l'utérus. Puis au 17ème et 18ème siècles apparaissent d'autres instruments conçus pour avoir l'enfant vivant : le tire-tête à trois branches, les leviers et les forceps. La césarienne n'est pratiquée que dans les cas désespérés, l'Église l'interdisant sur une femme vivante.

Les conditions d'hygiène sont aussi dangereuses que la méconnaissance des pratiques médicales, ce qui explique la surmortalité féminine entre 25 et 40 ans, l'importante mortalité des nouveaux-nés et les nombreuses malformations dues à la maladresse et aux crochets de la matrone ! Vers 1610, un médecin normand évalue à près de cinq cents le nombre d'enfants victimes de ces pratiques à Rouen par an. Les conditions minimales d'hygiène ne sont pas du tout respectées et inconnues et comme le note l'historien Pierre Goubert, la commère opère souvent avec des mains, des ongles, des doigts non lavés. Elle peut aussi confectionner pansements et cataplasmes avec des « toiles d'araignée, des feuilles et des bestioles pilées, des excréments séchés ».

La complainte des enfants à naître
"Nous ne sommes pas en sûreté pour entrer dans le monde. Ce n'est qu'en tremblant que nous osons nous y montrer, étant continuellement maltraités par certaines femmes qu'on appelle Matrones, qui, à propos de botte, viennent hardiment nous insulter dans nos casemates, malgré nos précautions à tenir nos portes fermées. Si nous voulons nous fâcher, on nous brocarde, on nous honnit, on nous traite de drôles, de mutins, de bandits, etc. (...) Si la curiosité nous porte à mettre la tête à la fenêtre pour voir ce qui se passe dans le monde, on nous accroche lestement avec la queue d'une lampe ou d'une cuillère à pot, ou bien avec le crochet d'une romaine. C'est avec ces machines infernales qu'on nous saisit sous le menton à la bouche, aux oreilles, indistinctement à la partie qui se présente. On nous vide la tête pour nous expulser ensuite plus aisément. Lorsqu'elles nous arrachent ainsi, elles s'efforcent de persuader à nos bonnes mères souffrantes, si elles peuvent les entendre, qu'elles ont manœuvré pour leur sauver la vie, attendu que nous pauvres innocents étions morts depuis longtemps dans nos tristes cellules... D'après tant de cruels traitements, les Suppliants ne sont-ils pas en droit de vous demander, Nos seigneurs, de les délivrer pour toujours de ces sempiternelles Matrones, grossières, laides à faire évanouir, ineptes, incapables de nous donner aucun secours, gauches à outrance, qui la plupart ont des mains aussi larges que des battoirs, et pour le moins aussi épaisses que des épaules de mouton ; la peau noire comme celle d'un nègre, et aussi rude que celle de chagrin, ou pour le moins comme l'écorce d'un vieux chêne, plus propres, sans contredit, à écorcher ce qu'elles touchent, et à mettre des entraves à notre passage dans un voyage si périlleux, qu'à nous faciliter la route simple et naturelle".
D'après Requête en plainte..., pamphlet de Jean-François Icart, accoucheur à Castres.

Cité dans Entrer dans la vie de J. Gelis, M. Laget, M.F. Morel.

Une vie rythmée par la religion : naître, une expérience risquée...

L'Église recommande en cas de danger de privilégier la vie de l'enfant plutôt que de la mère car s'il ne peut être baptisé, il est condamné à errer dans les limbes, lieu intermédiaire entre le Paradis et l'Enfer, et il ne peut être enterré en terre sacrée au cimetière. Pour les enfants morts-nés, il suffit parfois de les présenter dans une chapelle, devant témoins, en quête d'un miracle, sorte d'hallucination collective où les personnes présentes voient l'enfant « reprendre vie », le temps de lui administrer le baptême.

La commère, dans bien des régions (Languedoc, Poitou, Normandie) n'hésite pas à remodeler le visage encore malléable du nouveau-né si elle estime qu'elle peut mieux faire ! L'ossature du bébé étant fragile et la matrone ne connaissant pas sa force, il arrive très souvent que les visages deviennent par la suite disgracieux. Certains médecins attribuent aussi à cette pratique, qui perdurera jusqu'au Second Empire, l'apparition de troubles mentaux chez certains enfants. Ces pratiques ne se limitent pas au visage, les filles subissent aussi un allongement des tétons pour qu'elles soient plus tard de bonnes nourrices. On coupe également le filet de la langue pour faciliter la tétée du nourrisson.

En Basse-Normandie, quand l'enfant est né, la commère, avec une aiguille de fil ciré, lie le cordon ombilical et le coupe à quelques centimètres de la ligature pour un garçon (en fonction de la longueur de son sexe) et à ras pour les filles. Le placenta est enfoui au jardin, le plus souvent sous un arbre fruitier, afin d'assurer la prospérité à l'enfant. Lorsqu'il tombe, le cordon est lui aussi enterré, si possible sous un rosier pour que l'enfant ait un beau teint. S'il arrive qu'une partie de la membrane fœtale reste collée à la tête du bébé, c'est un signe de bonheur et de chance à l'origine de l'expression « être né coiffé ».

Le bébé est lavé avec un peu de beurre frais fondu ou de l'eau chaude additionnée d'eau-de-vie. Il est ensuite emmailloté, souvent les mains le long du corps, afin de le lui raffermir. On lui ajoute un serre-tête pour éviter que le crâne ne se déforme sur l'oreiller.

J. Héroard, dans son journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII, 1601-1628, nous livre quelques détails sur les premiers soins apportés à un nouveau-né royal : (Louis XIII est né le 27 septembre 1601) « le 11 novembre 1601, on lui a frotté la tête la première fois. Le 17 novembre 1601, on lui a frotté le front et le visage avec du beurre frais et de l'huile d'amandes douces pour la crasse qui paraissait y vouloir venir. Le 4 juillet 1602, il a été peigné pour la première fois, y prend plaisir, et accommode sa tête selon les endroits qu'il lui démangeait. Le 3 octobre 1606, on lui a lavé les jambes dans l'eau tiède...c'est la première fois. Le 2 août 1608, baigné pour la première fois. » Au Moyen-âge, l'hygiène corporelle était très présente dans toutes les couches sociales, mais dès la Renaissance et jusqu'à la fin du 19ème siècle, le corps devient tabou et on le pense protégé sous la crasse, à l'abri de l'eau, vecteur de maladies.

La sage-femme reçoit pour toute rémunération quelques piécettes en ville et quelques œufs ou une volaille à la campagne. Dans le cas d'un accouchement d'un enfant illégitime, la matrone porte elle-même l'enfant chez le curé pour le faire baptiser et plus tard, après 1792, à la maison commune pour le déclarer.

Après l'accouchement, les femmes se relèvent très vite, parfois dès le lendemain. Elles reçoivent alors la visite des femmes de la famille et du voisinage qui n'ont pas assisté à l'accouchement. Souvent elles apportent un petit cadeau de leur ferme. Dans les Pyrénées, on mesure le degré d'estime de la famille au nombre de poules offertes. L'accouchée reste chez elle pendant quarante jours. Elle ne peut quitter sa maison mais elle doit aussi respecter beaucoup d'interdits car elle est impure : ne pas reprendre les rapports sexuels, ne pas partager le lit de son mari pour éviter de le souiller, ne pas aller chercher de l'eau au puits pour ne pas le tarir, ne pas demander du feu à la voisine allaitante car sinon son lait s'épuiserait, ne pas toucher au pain qui est sacré, et surtout ne pas aller à la messe ou même à l'église.

On se soucie peu du jour de naissance que l'on oublie bien vite. Par contre, il faut penser de façon urgente au baptême, seule façon de préserver le nouveau-né des limbes et de le purifier du pêché de chair de ses parents.

Naissances illégitimes :

Illégitime veut dire « hors du mariage », donc l’enfant illégitime est un enfant né hors d’une union légitime, hors mariage. Suivant la situation occupée par ses parents, suivant les lois religieuses ou civiles, on distingue plusieurs catégories :

L’enfant naturel : c’est celui que l'on nomme « bâtard » (de « bast », vieux français qui veut exprimer une idée de mépris). En fait, pendant longtemps, c’était un état reconnu, que certains portaient presque comme un titre, à l'image de Guillaume le Bâtard conquérant de Dunois. Jusqu’au début du XVIe siècle, dans certaines familles, le terme « Petit », accolé à un nom patronymique comme Jean Petit-Durand, révèle une origine illégitime. De même, la terminaison « et » pourrait également indiquer une même origine, comme celle en « at », dans le midi.

Il existe trois sortes d’enfant naturel :

1. l’enfant naturel né de père et mère inconnus ;

2. l’enfant naturel issu de deux personnes non mariées mais connues ;

3. l’enfant naturel dont un seul des parents est connu.

L’enfant naturel peut être :

1. adultérin : issu de deux personnes dont l’une au moins est mariée, voire les deux, ce qui était le cas des enfants nés de Louis XIV et de Madame de Montespan.

2. incestueux : c’est-à-dire né de deux proches parents (père et fille, frère et sœur, oncle et nièce, …). Étaient également réputés incestueux, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, les enfants nés d’un prêtre ordonné, d’un religieux ou d’une religieuse.

La légitimation a pour effet de faire considérer l’enfant comme né pendant le mariage de ses parents. En sont exclus, les enfants incestueux et adultérins. La légitimation fait appel, en amont ou lors de la célébration du mariage, à la reconnaissance, acte authentique par lequel le père et/ou la mère reconnaît son enfant comme sien. Les enfants légitimés obtiennent les mêmes droits que ceux légitimement nés.

La mère célibataire est marginalisée et a du mal à survivre. Elle peut être contrainte à l'abandon du nouveau-né ou à l'infanticide.

Pour éviter que les enfants ne soient tués à la naissance, l'édit d'Henri II de 1556 interdit de cacher toute grossesse illégitime (en dehors du sacrement sacré du mariage) et rend obligatoire la déclaration de grossesse. La contrevenante risque la peine de mort, même si elle est loin d'être appliquée avec rigueur. La fustigation (coups de bâton ou de fouet) et le bannissement sont, à Paris, les peines les plus souvent prononcées.

Cette déclaration est périodiquement renouvelée jusqu'à la Révolution. Louis XIV, par l’édit de 1708, prévoit que tous les trois mois elle sera lue aux prônes des messes paroissiales par les curés.

Dans ces déclarations de grossesse, on apprend le nom de la mère, son âge, son origine géographique, son métier et ...l'identité du séducteur et les circonstances de leur rencontre. Mais il se peut que le père, s'il est notable, ait soudoyé quelqu'un pour endosser cette grossesse.

En général, l'enfant naturel porte le nom de sa mère. Quelques rares pratiques régionales dérogent à la règle. En Normandie, la coutume est alors de donner un matronyme (prénoms féminins devenus noms de famille) à l'enfant naturel d'une fille-mère ayant « fauté ». On trouve ainsi des cas d'enfants naturels inscrits sous le nom de famille « Marie », déjà fréquent dans la région, alors que la mère est présente, mentionné dans l'acte et porte un prénom et un patronyme différent. C'est ce nom de « Marie » que les enfants en question transmettront à leur descendance. Cette règle est très suivie par le clergé jusqu’au 18e siècle, et conservée par les officiers d’État civil jusqu’au 19e siècle. D'où un nombre important de matronymes dans notre région : Marie est le plus populaire, puis Jeanne, Anne et Catherine.

Le nombre de naissances illégitimes est faible au 17ème siècle et a tendance à augmenter à la fin du 18ème siècle.

La mère célibataire typique vient de la campagne ; elle est jeune (47% ont moins de 25 ans) et orpheline (70%) ; analphabète, souvent employée comme domestique, elle a été bernée par un homme qui lui a promis le mariage. Bien des paysannes enceintes gagnent la ville afin d'accoucher dans la clandestinité, abandonner le nourrisson dans un hôpital équipé pour recueillir les enfants trouvés et retourner dans son village, tout honneur perdu.

A partir du 17ème siècle, l'enfant illégitime accumule toutes les tares et les coutumes juridiques ne lui accordent plus aucun pouvoir.

« (...) Toute femme qui se trouvera dûment convaincue d’avoir celé, couvert ou occulté tant sa grossesse que son enfantement sans avoir déclaré l’un ou l’autre et avoir pris de l’un ou l’autre témoignage suffisant même de la vie ou mort de son enfant lors de l’issue de son ventre et qu’après se trouve l’enfant avoir été privé tant du saint sacrement du baptême que sépulture publique et accoutumée, soit telle femme tenue et réputée d’avoir homicidé son enfant et pour réparation punie de mort et dernier supplice (...) »

Extrait de l'édit promulgué par Henri II en février 1556

1711 Ste-Jammes-sur-Sarthe 72380

Pendue pour ne pas avoir respecté l'édit d'Henri II

1711 Par suite d'une sentence de la cour suprême de Blois, qui condamne Françoise Olivier à être pendue et étranglée jusqu'à ce que mort s'en suive, pour être accouchée d'une fille sans avoir préalablement fait la déclaration de grossesse, suivant l'édit du Roi Henri II de février 1556...

Suppléments à la Série E des Archives Départementales de la Sarthe, page 11

Jusqu'à la Révolution de 1789, les seigneurs sont tenus de subvenir aux besoins des enfants trouvés sur leur domaine ; Après cette date, la dépense en revient à l'État et aux hospices.

La loi du 28 juin 1793, est un premier code pour la gestion des enfants abandonnés. Ils sont entièrement à la charge de la Nation en matière d'éducation physique et morale. Ils sont tous désignés comme orphelins, et le secret le plus inviolable est observé sur leur origine. Le 4 juillet de la même année, ils reçoivent l'appellation d'«enfants de la patrie».

Pour recevoir les enfants trouvés, un hospice est désigné dans chaque arrondissement. On doit y aménager un tour et constater les dépôts dans un registre. De plus les hospices sont chargés de la fourniture de layette et des dépenses relatives aux enfants restés dans l'hospice. Les frais de nourrices et de pension sont à la charge de l'État et des communes. Les enfants les plus jeunes sont mis dès que possible en nourrice jusqu'à 6 ans.

Les enfants sont alors souvent déposés devant le porche d'une église ou dans les tours d’abandons installés par la Société afin de garder l’anonymat des mères qui veulent laisser leurs enfants. L’ouverture du tour se fait par la rue, et c’est là qu’on y dépose l’enfant que l’on veut abandonner : on sonne à une cloche puis on tourne le tour, et une religieuse recueille l’enfant. Il est immédiatement baptisé.

En France les tours d'abandon sont introduits par saint Vincent de Paul, qui fera construire le premier à Paris en 1638. Ils seront officiellement légalisés lors d'un décret impérial le 19 janvier 1811, et à leur apogée ils sont au nombre de 251 dans toute la France. On en trouve dans les hôpitaux, dont l'Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris, aujourd'hui disparu.

Ce système de tour a pour but d’empêcher l’exposition des enfants dans les lieux publics, où ils restent parfois des heures, soumis aux injures du temps et de la nuit, avant que quelqu’un ne les découvre. Toutefois, le nombre d'enfants y étant abandonnés s'élevant à des dizaines de milliers par année dû à la situation économique difficile, le Tour d'abandon est supprimé en 1863 et a été remplacé par un Bureau des admissions composé des administrateurs des hospices et des représentants de la puissance publique, chargés de questionner la mère qui apporte son bébé et de la convaincre de le garder, en compensation de secours temporaires.

Un enfant abandonné est immatriculé, c'est à dire qu'il a un dossier ouvert. Ce dossier renseigne sa vie jusqu'à sa majorité : dépôt, placement en nourrice, à la campagne, puis, selon l'époque, il renseigne sur la scolarité ; la mise en apprentissage jusqu'à l'autorisation éventuelle de se marier.

Ces enfants trouvés sont placés dans des familles nourricières et portent au cou un collier plombé indiquant leur n° d'enfant trouvé. Le maire de la commune d'accueil est censé vérifier régulièrement, dans les familles, l'état du collier pour le remplacer s'il est usé afin qu'aucun enfant ne puisse le perdre.

La loi du 27 juin 1904, relative au service des enfants assistés est la base de la législation actuelle. Elle abroge toutes les lois précédentes. Elle instaure un secours aux familles afin de réduire les abandons ; elle facilite l'admission au secret des enfants pour réduire l'infanticide ; elle augmente les pensions versées aux nourrices.

Désormais, les enfants sont déclarés «Pupilles de l'État».

Une vie rythmée par la religion : naître, une expérience risquée...

En France les tours d'abandon sont introduits par saint Vincent de Paul, qui fera construire le premier à Paris en 1638. Ils seront officiellement légalisés lors d'un décret impérial le 19 janvier 1811, et à leur apogée ils sont au nombre de 251 dans toute la France. On en trouve dans les hôpitaux, dont l'Hôpital des Enfants-Trouvés de Paris, aujourd'hui disparu.

Ce système de tour a pour but d’empêcher l’exposition des enfants dans les lieux publics, où ils restent parfois des heures, soumis aux injures du temps et de la nuit, avant que quelqu’un ne les découvre. Toutefois, le nombre d'enfants y étant abandonnés s'élevant à des dizaines de milliers par année dû à la situation économique difficile, le Tour d'abandon est supprimé en 1863 et a été remplacé par un Bureau des admissions composé des administrateurs des hospices et des représentants de la puissance publique, chargés de questionner la mère qui apporte son bébé et de la convaincre de le garder, en compensation de secours temporaires.

Contraception, avortement et infanticide :

La contraception au 17ème siècle est condamnée par l'Église comme homicide et au 18ème siècle comme violation des lois du mariage. Dieu a fait de la femme une procréatrice et là est son rôle quoiqu’elle puisse en souffrir dans son corps et dans son statut social. L'Église ne tolère alors aucune dérogation à ce principe. C’est pourquoi, les confessionnaux sont autrefois les endroits de prédilection des curés pour repérer les brebis égarées et leurs pratiques prohibées. Partout, le clergé traque les « funestes secrets et les pernicieux exemples ».

Confrontés à des naissances répétées et à la précarité qui en résulte, nos ancêtres sont bien tentés de pouvoir contourner les lois de la nature et malgré les interdits de l'Église, des pratiques se répandent peu à peu.

Les femmes qui ne veulent pas être enceintes portent de lourdes charges, peuvent utiliser des onguents et des breuvages à base de soufre ou de safran, des drogues d'apothicaires, préparations de sorciers, saignées de chirurgiens, manipulations de sage-femmes, coups de pieds dans le ventre par le mari qui ne trouve alors que ce moyen d'empêcher la venue au monde d'une bouche de plus à nourrir... Cet usage est alors considéré comme un péché mortel, de même que le coït interrompu, importé des classes plus aisées.

Depuis le Moyen-Age, une femme qui avorte est frappée d’excommunication. En France, les édits de 1556 et 1586 la condamnent à la peine de mort. Parallèlement, on assiste à une augmentation du nombre d'enfants abandonnés.

Le procès d'une avorteuse – La Constantin – se termine par la pendaison en 1660 à Paris.

En campagne, les avortements laissent peu de traces. Il y a toujours des fausses couches naturelles dues à un trop dur travail aux champs.

Bibliographie et sitographie en cours.

1777 : Infanticide sur la commune de Tournebu (14)
Le vendredi dix-huit avril 1777, conformément à l'ordonnance de Messieurs Du Bourg lieutenant civil et criminel au Balliage de Falaise et Foucher avocat du Roy au même siège en datte de ce jour a été inhumé dans un coin du cimetière de Tournebu le cadavre d'un enfant nouveau-né trouvé noyé dans la dite paroisse.
Signé Le Roy, prieur de Tournebu

Archives départementales du Calvados, BMS de Tournebu (1692-1792), p.384

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents