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Généalogie familiale de mes filles, en Normandie et ailleurs


Une vie rythmée par la religion : mourir, une mort donnée en spectacle ?

L'espérance de vie est de 20 ans au 17ème siècle, 29,6 ans entre 1770 et 1790. On est bien loin des 80 ans actuels ! Mais ce chiffre de l'espérance de vie à cette époque est trompeur car le taux de mortalité des enfants est très important.

La mortalité infantile :

La moitié des enfants n'atteint pas l'âge adulte. Entre 1740 et 1789, sur 1000 enfants nés, seuls 525 ont survécu. Avant l'âge d'un an, la mortalité est de 280 pour 1000 pour la seconde moitié du 18ème siècle, avec de grandes disparités selon les régions : 140 pour 1000 à Port-en-Bessin, en Normandie ; 258 pour 1000 en Bretagne-Anjou ; 512 pour 1000 à Mouliherne, village entre Angers et Tours...

Les causes sont multiples :

- tare héréditaire

- malformation congénitale

- lésion reçue au cours de l'accouchement

- maladies, dont le tétanos ombilical dû au manque d'hygiène, ainsi que entérocolites et gastro-entérites estivales

- « coup de chaleur » à cause de l'emmaillotement et « coup de froid » en hiver en raison de l'obligation de baptiser le nouveau-né rapidement : les fonts baptismaux sont parfois loin et l'église n'est jamais chauffée...

- accidents

Les premiers jours de la vie sont risqués : les infections diverses tuent un enfant sur 10 dans la première quinzaine de vie.

La mise en nourrice augmente encore le nombre de décès puis que 80% de ces enfants décèdent.

La mortalité juvénile :

Elle concerne les enfants de un à cinq ans.

Là encore, les causes de décès sont nombreuses :

- maladies mortelles qui sont aujourd'hui bénignes : rougeole, varicelle, oreillons...

- variole, dysenterie, diphtérie (croup), coqueluche...

- insolation pendant que les parents travaillent aux champs

- intoxications alimentaires, surtout pendant l'été et au début de l'automne

- certains meurent, dévorés par les animaux domestiques, notamment les porcs, ou par les animaux sauvages, comme les loups

- d'autres décèdent, étouffés dans le lit de leurs parents

La mortalité des adultes :

Les hommes meurent un peu plus souvent que les femmes, ces dernières entre 25 et 40 ans, l'âge des maternités et des couches.

La tuberculose fait des ravages dans les campagnes, ainsi que la rage, les maladies vénériennes et les tumeurs cancéreuses, et les accidents de travail (feu, blessure, noyade). Quant à ceux qui meurent de vieillesse, entre 50 et 80 ans, ils sont plus rares.

Par ailleurs, il existe des pics de mortalité extraordinaires :

- - épidémies comme la peste ou le choléra

disettes (pénurie de vivres qui conduit à la malnutrition) et famines (manque total de nourriture) dues essentiellement aux conditions climatiques défavorables

- guerres

Les maladies :

Le mode de vie et le manque d'hygiène expliquent la propagation des maladies contagieuses : le linge des malades, souvent lavé dans un cours d'eau sans avoir été bouilli, contamine les eaux. Les déjections sont jetées dans le fond du jardin, dans le fossé qui se déverse dans le ruisseau lequel alimente le village en eau potable... Les puits, souvent peu profonds, sont eux-mêmes contaminés.

On peut distinguer deux cas :

- les maladies endémiques, qui sont récurrentes chaque année

- les épidémies qui sont des épisodes plus ou moins courts (de quelques semaines à quelques mois), à caractère exceptionnel, qui engendrent des pics de mortalité importants

La liste des maladies ainsi répertoriées est assez longue et effrayante :

- maladies « intestinales » : dysenterie, fièvre typhoïde ou fièvre « putride », choléra

- maladies pulmonaires, respiratoires ou ORL: tuberculose, diphtérie, coqueluche, oreillons

- fièvres malignes évoluant rapidement vers le handicap ou la mort : peste, poliomyélite, typhus, fièvre cattharale (grippe), rage, rougeole, variole

- lèpre, varicelle, syphilis

- intoxications alimentaires graves : ergotisme ou « feu sacré »

- affections dues à la malnutrition : scorbut, rachitisme, problèmes de thyroïde...

La plus emblématique de toutes ces maladies est la peste qui a fait entre autres d'énormes ravages en Europe au 14ème siècle. On a d'ailleurs appelé cette épidémie « la Grande Peste » pour souligner sa mortalité extrême. Elle est aussi surnommée « la Peste Noire » car les bubons violacés et les hémorragies sous-cutanées donnaient à la peau du malade une teinte noirâtre. On estime qu'entre 1347 et 1351,soit en quatre ans, 30 à 50% de la population européenne a été décimée. En France, c'est 41% du peuple qui a été exterminé : sur 17 millions d'habitants, environ 7 millions sont morts de la maladie.

Mais les autres affections, même si elles n'atteignirent jamais ces pics de mortalité sans précédent, faisaient beaucoup de victimes parmi une population affaiblie par la malnutrition et le manque d'hygiène. (voir en annexes la liste des maladies, leurs symptômes, les remèdes...)

La mort : coutumes

La terreur suprême est la mort subite ou accidentelle qui empêche l'intervention du curé à temps pour l'extrême-onction et les derniers sacrements, qui envoient l'âme au paradis. Les actes de sépulture sont explicites sur ce point : le défunt est « ensépulturé », « muni des Saints Sacrements ».

On meurt entouré, devant les parents, voisins et amis. On récite des prières en commun, on arrête de travailler. A la maison, les pendules et balanciers sont arrêtés, on voile les miroirs pour que l'âme du défunt ne puisse y voir son reflet, on vide l'eau des seaux et cuvettes pour ne pas que l'âme s'y noie (on ne trouve pas de pendules et de miroirs chez les simples gens avant la fin du 19ème siècle).

Le soir, autour du lit mortuaire, a lieu la veillée, pendant laquelle on récite litanies et grâces. Chacun raconte aussi son histoire. Pour rester éveillé, on mange et on boit. Le corps du défunt n'est jamais laissé seul : voisins et amis se font un honneur de veiller le corps en permanence.

Le mort est enroulé dans un linceul neuf. La plupart du temps, il s'agit d'un des draps qui composent le trousseau de la mariée. Au 17ème siècle, le mort est nu puis, plus tard, il est vêtu de ses plus beaux habits : pour l'homme, sa chemise de noces et pour la femme, sa robe de mariage.

Le cercueil est cher et peu courant, et le linceul seul le remplace pendant longtemps. Plus tard, pour des questions d'hygiène, les cercueils deviennent la norme.

Le rôle de la famille est d'avoir du chagrin et de se consacrer à la méditation, à la veillée et à la prière. Les voisins la déchargent des tâches matérielles : dès qu'un décès est connu, les voisins viennent offrir leurs services. Parfois, ils ont aussi assisté à l'administration de l'extrême-onction.

Les enterrements sont aussi rapides que les baptêmes : on enterre l'après-midi les personnes décédées le matin et le lendemain celles décédées la nuit. Ce n'est qu'à partir du siècle dernier que cette précipitation se ralentit, surtout en ville.

Les familles aisées font appel à un corbillard ; les autres se contentent d'un brancard ou de grandes serviettes roulées. Porter la bière sur un long trajet est une dure corvée même si les porteurs se relayent. Il est ainsi d'usage de leur donner à manger avant de partir et qu'ils fassent halte en chemin pour se désaltérer.

L'office terminé, on procède à l'inhumation et chacun passe se recueillir sur la tombe des siens avant de présenter ses condoléances. Ensuite, c'est la séparation. Les assistants se retrouvent au café du village pendant que la famille, accompagnée des proches (parents, amis, voisins) regagne la maison mortuaire pour le traditionnel repas d'enterrement.

Après s'être lavé les mains et avoir remis les pendules en marche, on se met à table pour un repas maigre. Les rires sont strictement interdits. L'âme erre pendant quarante jours avant d'être fixée sur son sort et les proches sont en deuil pendant cette période, non seulement à cause de la perte subie, mais aussi à cause de l'incertitude sur le sort de l'âme en question.

Les proches manifestent leur deuil en portant d'abord des vêtements blancs et plus tard, depuis le décès de Charles VIII, des vêtements noirs. Les obligations vestimentaires durant le deuil ont une durée plus ou moins longue en fonction du degré de parenté avec le défunt.

En Normandie, le deuil est sobrement porté : pour les hommes, un grand manteau de deuil ou plus généralement, le port de gants et du crêpe noué au chapeau ; pour les femmes, une mante à capuchon ou simplement le tablier de deuil, les ornements de la coiffe sont enlevés et remplacés par des accessoires de couleur noire.

Quoiqu'il en soit, la période de deuil est ponctuée de différentes messes. Ces jours-là, chacun se retrouve sur les tombes, comme on s'y retrouve le lendemain d'un mariage ou après une messe dominicale.

L'ordonnance royale de 1776 de Louis XVI interdit pour des raisons sanitaires d'ensevelir dans les églises et impose l'usage exclusif des cimetières. Avant cette date, étaient ensevelis dans les églises les seigneurs, les dignitaires ecclésiastiques, notables et riches du coin, avec une préférence pour la place au plus proche de l'autel. On rouvrait de temps en temps les tombeaux pour y placer de nouveaux corps, l'espace étant compté. D'épouvantables odeurs pouvaient alors s'en dégager provenant des corps en putréfaction.

La terre bénite se situe autour de l'église : les paroissiens y viennent chaque dimanche. C'est un lieu de passage pour les gens et leurs charrettes, familier et accueillant où les habitants font sécher le grain, la paille ou le linge. On y vanne le blé et on y fait le fumier. Les bêtes y paissent car l'herbe y est abondante, les chiens et les porcs s'y ébattent et fouissent... C'est également le lieu des spectacles, jeux de boules ou de quilles, danse et bagarre. On s'y réunit également pour y passer des contrats, assister à une audience seigneuriale ou à l'assemblée de la communauté. L'Eglise s'élève contre cette familiarité avec les morts. A terme l'espace du cimetière et de l'église sera rendu sacré et totalement désert...

Le cimetière devient peu à peu une terre bénite où n'est pas enterré qui veut : ainsi ne peuvent pas être enterrés les enfants non baptisés, les comédiens, les duellistes, prostituées, concubins et suicidés. Un endroit est en principe réservé aux enfants non baptisés : l'extérieur, sous la haie ou sous le mur. Les autres sont enterrés à l'entrée des cimetières afin que leur corps soit éternellement piétiné par leurs descendants, à moins que leur famille, pour éviter cette infamie, ne prouve leur aliénation mentale. Longtemps aussi, les protestants se sont vus interdire les cimetières catholiques et se faisaient enterrer dans leur propriété. Louis XIV a même fait ordonner que leurs cadavres soient emmenés de nuit.

Les corps sont enterrés sous du simple gazon, avec une croix de bois et éventuellement une modeste palissade. Ce n'est qu'à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle que les édifices mortuaires se multiplient : colonnes, stèles, chapelles et autres mausolées.

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