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Généalogie familiale de mes filles, en Normandie et ailleurs


Une vie rythmée par la religion : le mariage, des unions souvent courtes et arrangées...

Dispositions légales et religieuses :

Les filles et les garçons sont soumis à la puissance paternelle : ils ne peuvent disposer de leurs biens, passer des contrats, ester (exercer une action) en justice, se marier sans l'accord de leur père, qui a le droit de correction sur eux ou de les faire enfermer.

La loi civile assimile alors le mariage d'un enfant mineur sans consentement des parents (du père en cas de désaccord) à un rapt, passible théoriquement de la peine de mort.

A partir de 1556, l'édit d'Henri II oblige les filles mineures et les garçons jusqu'à 30 ans à obtenir le consentement parental sous peine d'exhérédation (être déshérité).

Depuis le Concile de Trente en 1563 et l'Ordonnance de Blois de 1579, la publication des trois bans par le curé de la paroisse des futurs mariés et la présence de quatre témoins au mariage rendent difficiles les unions clandestines. Sans ces deux conditions, le mariage peut être purement et simplement annulé. S'il arrive toutefois que des mariages entre mineurs soient célébrés, l'Eglise ne les déclare pas nuls.

L'acte de mariage est rendu obligatoire à partir de 1579 ; la signature des époux et des témoins, tout au moins leur marque s'ils ne savent signer, est requise depuis l'ordonnance de 1667, le « Code Louis » : en 1690, seuls 14% des femmes et 29% des hommes (soit 48 femmes pour 100 hommes) savent signer leur acte de mariage ; en 1790, ils sont respectivement 27% et 47% (soit 57 femmes pour 100 hommes).

La femme mariée est « en puissance de mari », c'est-à-dire sous son pouvoir légal. Elle lui doit obéissance et il peut la faire enfermer dans un couvent. Son autorité sur les enfants est subordonnée à celle de son mari : c'est lui qui tranche en cas de désaccord. Son autorisation est demandée pour tout acte de la vie civile : la femme ne peut passer de contrat, accepter de donation, ester en justice, témoigner ou disposer de son bien sans l'accord préalable de son mari. Cette incapacité juridique a pour but de protéger sa famille et elle-même de ses faiblesses. Dans les faits, ces dispositions sont plus ou moins appliquées.

Dans le nord de la France, le mariage émancipe de la puissance paternelle. Devenue veuve, la femme peut se remarier sans autorisation, même si elle est encore mineure. Dans le sud de la France, devenue veuve, la femme est de nouveau soumise à la puissance paternelle et ce, jusqu'à sa mort.

Depuis la Révolution Française, la puissance paternelle cesse à la majorité. Les filles et les garçons peuvent se marier sans le consentement de leur père, même s'il est préférable de l'obtenir.

Age minimum au mariage :

- Avant 1792 : 12 ans pour les femmes et 14 ans pour les hommes.

- De 1792 - an XII : 13 ans pour les femmes et 15 ans pour les hommes.

- Depuis an XII : 15 ans pour les femmes et 18 ans pour les hommes.

- Depuis 2005 : 18 ans pour les femmes et 18 ans pour les hommes.

Age du consentement obligatoire des parents :

- De 1556 à 1792 : 25 ans pour les femmes et 30 ans pour les hommes.

- De 1792 à l'an XII : 21 ans pour les femmes et 21 ans pour les hommes.

- De l'an XII à 1907 : 21 ans pour les femmes et 25 ans pour les hommes.

- De 1907 à 1974 : 21 ans pour les femmes et 21 ans pour les hommes.

- Depuis 1974 : 18 ans pour les femmes et 18 ans pour les hommes.

En Normandie, la jeune fille, majeure à 20 ans révolus et un jour, est sous l'autorité de son père qui a tout pouvoir sur elle, étant censé posséder puissance et protection à son égard. Il a donc la possibilité de la sanctionner, la fouetter, la maltraiter ce qui est confirmé par un arrêt du Parlement de 1620. Juridiquement elle a certains droits sauf celui de se marier à son gré. Par ailleurs, elle est exclue de la succession paternelle si elle a des frères.

Mariée, la femme est à la merci de son mari. Il est le maître chez lui et a le droit de la corriger avec verge et bâton sans toutefois occassionner de fracture ou de mutilation ! Prise en flagrant délit d'adultère, son mari peut la tuer sur place et obtenir des lettres de rémissions (Pardon Royal). Pous se débarrasser de son mari, la femme, avec l'aide des siens peut arguer avoir subi des sévices affreux : avoir été jetée dans le puits une fois si elle est noble, deux fois si elle est roturière...S'il l'abandonne avec ses enfants, pour obtenir la séparation de corps et de biens, elle peut justifier de mauvaises odeurs corporelles émanant d'un abcès nasal et tuberculeux.

La femme de la campagne doit s'occuper des enfants et de l'administration de la maison : préparation du pain et des repas, jardinage, soin de la basse-cour, ramassage du bois et transport de l'eau du puits... Elle peut également prendre un enfant de la ville en nourrice et l'hiver, effectuer du travail artisanal effectué à la maison.

Quant à lui, le mari doit fournir aux besoins du ménage sinon il perd son honneur et peut être victime de la réprobation sociale.

Des mariages tardifs :

De tout temps, les gens se marient assez tardivement : au 17ème siècle, 25 ans pour les hommes et 22 ans pour les femmes ; Au 18ème siècle, 27-28 ans pour les hommes et 25-26 ans pour les femmes. S'il y a une différence plus importante, c'est souvent à l'occasion d'un remariage d'un veuf.

Plusieurs facteurs entrent en jeu pour expliquer ces unions tardives :

- beaucoup attendent d'avoir amassé un peu d'argent avant de se marier

- quand il y a héritage possible, on attend la mort du père pour reprendre la main

- il est nécessaire aussi de limiter le nombre de naissances en fonction de ses revenus : plus on se marie tard, plus la période « féconde » du couple est courte (jusqu'à 42-43 ans pour la femme)

- l'allongement de l'espérance de vie au 18ème siècle

Dans les milieux pauvres, les garçons épousent les filles d'autant plus âgées qu'ils sont les moins qualifiés, le temps pour ces femmes de se constituer une dot plus importante. En ville, l'âge au mariage est encore plus tardif et nombre de jeunes filles placées comme domestiques restent célibataires.

L'Eglise n'approuve pas ce recul du mariage car cela incite au péché de chair et de ce fait, les conceptions prénuptiales et illégitimes, notamment à la fin du 18ème siècle.

Avec qui se marier ?

Deux traits caractérisent les mariages dans la société française jusqu'au début du XXème siècle :

- l'homogamie : les époux sont de même condition. Le marié exerce souvent le même métier que son beau-père.

- l'endogamie : les époux sont de la même paroisse ou de deux paroisses voisines.

A cette époque, quelques kilomètres de distance suffisent pour être considéré comme un étranger. On préfère donc se marier avec quelqu'un que l'on connaît depuis longtemps, dont on apprécie les qualités, le caractère, la force de travail, la situation familiale et patrimoniale. La jeune fille peut rencontrer son futur lors d'une noce, d'une fête, d'une foire, d'un pélerinage ou un pardon local.

Jusqu'au XIXème siècle, 70% des garçons épousent une fille de leur paroisse ; 90% des filles épousent un garçon de la même paroisse.

Les anciens poussent souvent les jeunes à des mariages doubles : le fait qu'un frère et une soeur épousent une soeur et un frère économise généralement la dot et le patrimoine foncier reste ainsi dans la famille.

Car la plupart des mariages sont préparés : l'union maritale est le résultat de stratégies de famille, à force de rencontres quotidiennes et de moments passés ensemble. Il n'est guère question d'attirance sexuelle entre les deux individus. Il suffit que la jeune fille ne soit pas laide, qu'elle ne soit point « fainiante » et qu'elle ait des espérances d'héritage. Le mariage serait donc plutôt une sorte d'association visant à résoudre une partie des difficultés économiques et sociales des deux familles.

On ne peut cependant pas se marier avec n'importe qui. Il existe plusieurs empêchements au mariage :

- consentement forcé d'un des mariés

- impuissance du marié, constatée par examen public

- impuberté : 14 ans pour les garçons, 12 ans pour les filles

- engagement antérieur (mariage ou vœu de chasteté)

- hérésie (doctrine contraire à la foi catholique, condamnée par l'Église)

et des incapacités relatives qui nécessitent une dispense à demander à l'évêché ou à Rome, suivant les cas :

- liens de parenté naturelle (jusqu'au 4ème degré, c'est-à-dire un trisaïeul commun). Il faut pour cela une dispense délivrée par l'évêché moyennant une obole. En cas de mariage entre oncle et nièce, tante et neveu...la dispense est à demander au Saint-Siège, ce qui coûte évidemment plus cher

- liens de parenté spirituelle, par exemple entre parrain et marraine d'un enfant, parrain et filleule...C'est aussi le cas en cas de remariage d'un veuf : il ne peut épouser ni les sœurs, ni les cousines de son épouse décédée. Là encore une dispense est nécessaire.

En cas d'empêchement au mariage, celui-ci est annulé comme s'il n'avait jamais eu lieu.

Et on ne peut pas se marier n'importe quand non plus ! A la campagne, les mariages ont lieu souvent en novembre, janvier et février, notamment les lundi et mardi.

Impossible de se marier un jour de fête ou le dimanche qui est réservé au culte, pendant les jours de pénitence de l'Avent (décembre) ou du Carême (mars-avril), deux périodes d'abstinence sexuelle, ainsi qu'en mai (influence néfaste depuis les lois romaines) et en été (travaux des champs : fenaison, moisson)

La fin de semaine est boudée au profit des trois premiers jours : le vendredi est exclu car c'est un jour de deuil et de jeûne en souvenir de la mort de Jésus-Christ, le mardi est de bon augure. Il permet surtout de terminer les préparatifs du mariage le lundi et de laisser le reste de la semaine aux différents usages cérémoniels qui suivent les noces sur plusieurs jours : messe pour les défunts des familles le lendemain ou le surlendemain du mariage, repas restreints pour les proches, l'entremetteur et la couturière...

Les fiançailles et la cérémonie :

les fiançailles sont une promesse réciproque de mariage dans un certain délai, non précisé, ce qui n'empêche alors pas de passer directement à l'acte sexuel. Après le Concile de Trente (1545-1563), l'Eglise devient pudibonde et rapproche les fiançailles du jour de la bénédiction nuptiale. Sous Louis XIV, elles se font obligatoirement la veille.

En Normandie, après avoir fait connaissance, le garçon a souvent recours à un entremetteur, homme ou femme, en général âgé et de condition modeste : le brouetteux, aussi appelé dans d'autres régions le badochet ou le hardouin, pour rencontrer les parents de la jeune fille. Si les parents sont d'accord, ils le font alors savoir en invitant le jeune homme et le brouetteux à souper. Le garçon a le droit de « hanter » la jeune fille : cette période s'appelle les « venantises ». Ils se fréquentent ouvertement, elle s'attache à terminer rapidement son trousseau, aidées par les jeunes filles de son âge, sous la direction de la couturière, personnage important pendant toute la préparation du mariage.

On publie les bans pour lesquels une dispense est parfois requise afin de ne pas attendre les trois semaines avant de se marier. C'est le cas lorsque la mariée « fête Noël avant ses Pâques » (l'accouchement est imminent) ou encore si l'on souhaite se marier juste avant une période interdite (Avent ou Carême). Les invitations à la noce sont faites à domicile par les futurs mariés.

Le trousseau est livré aux époux la veille, le jour ou le lendemain des noces. La plus grosse pièce de ce trousseau est un coffre généralement sculpté, meuble qui sert à tout ranger : céréales, pain, vêtements, linge, vaisselle, papiers importants...Plus tard, il sera remplacé par l'armoire. Le charroi avance lentement, pour bien se faire voir : les Normands aiment montrer « qu'ils ont de quoi ». La charrette, tirée par des chevaux enrubannés, est accompagnée du promis, du brouetteux, du menuisier et de la couturière. Au mobilier et au linge est souvent ajoutée la quenouille symbolique offerte par la marraine à sa filleule. Les arrêts sont nombreux en cours de trajet pour « arroser la quenouillée » avec les gens des villages traversés.

La signature du contrat de mariage annonce l'approche de la cérémonie. Le mariage civil n'est pas considéré comme important : ce n'est qu'un « enregistrement ». Seule la cérémonie religieuse est primordiale.

La cérémonie a lieu souvent dans la localité de l'épouse, ainsi que le festin (chez le père de la mariée). Avant 1870-1880, la future est habillée de couleurs vives comme le rouge ou le bleu, avec toujours un tablier de couleur ou blanc. A la Belle Epoque, les mariées portent une robe de soie noire avec couronne de fleurs d'orangers ou de pommiers et voile blanc. La robe noire, confectionnée au moment du mariage, est réutilisable ensuite pour toutes les fêtes qui rythment la vie. La mariée peut porter un bouquet agrafé au corsage ou de petites fleurs à l'arrière de la coiffe, « reliques » que l'on trouvera plus tard sous globe ou dans une caissette vitrée accrochée au mur. La tradition de la robe blanche n'est apparue que tardivement, suite à l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous dans la grotte de Lourdes. Elle ne se répand que depuis les années 1920-1940, car symbole auparavant de gaspillage.

A la sortie de l'église, le cortège se rend à la maison des nouveaux époux ; il rencontre des barrières symboliques franchies par la distribution de présents. Dans le Bocage, des rubans fleuris sont tendus au travers du chemin ; la mariée en détache les ornements et les donne aux assistants ; chaque arrêt est prétexte à des libations. A l'arrivée à la maison, la chambre nuptiale est grande ouverte aux invités qui peuvent admirer les meubles et le trousseau.

Le repas dure des heures : il a lieu dans une grange aux murs tendus de draps sur des tables à tréteaux disposés en fer à cheval au sommet duquel est placée la mariée. Le marié, lui, sert les invités avec les employés. La compagnie se distrait en chantant : le premier chant est celui de la mariée, c'est un adieu mélancolique à ses parents. Puis on danse tard dans la nuit.

Au moment du coucher, la mariée est déshabillée et couchée par les « couche-bru » qui lui servent du vin sucré et du pain rôti. Le marié, lui, doit se contenter de charbon et d'eau, accompagnés de tranches de pain brûlées liées avec du fil, ce qui fait rire l'assistance à ses dépens.

Séparation et divorce :

Le divorce est interdit en France. Mais les conjoints peuvent demander une séparation officielle : les époux sont autorisés à ne plus cohabiter, toutefois sans pouvoir se remarier, en cas d'hérésie, de sorcellerie, d'entrée en religion, de mauvais traitements ou d'adultère d'un des deux conjoints. Ces séparations sont peu nombreuses et touchent les milieux très aisés.

Le divorce sera mis en place pendant la période révolutionnaire ce qui permettra aux nombreuses femmes abandonnées depuis de longues années de régulariser leur situation. Mais il sera supprimé en 1816, ne sera rétabli qu'en 1884 et le consentement mutuel qu'en 1975 !

Veuvage et remariage :

Le mariage est souvent brisé par la mort d'un des conjoints. La durée moyenne d'une union au 18ème siècle est de 15 à 18 ans. Le veuvage n'est pas synonyme de vieillesse et les remariages sont fréquents. Aux 17ème et 18ème siècles, 25% des hommes et 20% des femmes sont veufs avant 35 ans.

La famille de l'Ancien Régime n'est pas une cellule stable mais au contraire, très souvent composée d'enfants de plusieurs lits, élevés par un beau-parent. Il n'est pas rare de voir des hommes mariés trois ou quatre fois. Le remariage a lieu dans les 18 mois du veuvage pour les hommes : il est urgent de retrouver quelqu'un quand on travaille dur toute la journée et que l'on a des enfants en bas âge. La veuve, elle, attend à peine la fin du délai de viduité (ne pas se remarier tout en pouvant attendre un enfant du défunt). Elle se remarie souvent dans un délai de deux ans.

Les célibataires :

le célibat n'est pas rare : à la campagne, il représente 5% de la population au 18ème siècle, 10% en ville et jusqu'à 25% à Caen.

L'impossibilité de s'installer et la misère en sont les principales causes.

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